Dans son allocution, lors de la clôture du 18ème Sommet des BRICS, tenu à New Delhi en Inde, du 11 au 13 septembre 2026, le président burundais Evariste Ndayishimiye, s’exprimant en sa double qualité de chef d’Etat du Burundi et de président en exercice de l’Union Africaine, a appelé à une nouvelle étape du partenariat entre l’Afrique et le groupe des BRICS. Au cœur de son message : plus de coordination, des priorités concrètes, et une exigence symbolique forte de revaloriser l’image de l’Afrique dans le monde.

Un partenariat à réinventer : de la coopération à la coordination

Le président Ndayishimiye n’a pas simplement plaidé pour « plus d’aide ». Il a demandé un « renforcement du partenariat » fondé sur une coordination plus étroite entre les mécanismes de l’Union Africaine et les institutions des BRICS : Nouvelle Banque de Développement, mécanismes de paiement et chaînes d’approvisionnement.

L’enjeu affiché est clair : éviter que l’Afrique ne soit qu’un marché ou un fournisseur de matières premières dans l’architecture émergente portée par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, et désormais leurs nouveaux membres. Pour l’Union Africaine, il s’agit d’inscrire le continent comme co-architecte des règles.

L’eau comme priorité stratégique de l’Union Africaine

Parmi les priorités mises en lumière, une est assortie avec insistance : l’accès durable à l’eau. Le choix n’est pas anodin. Pour l’Union Africaine, la question de l’eau recoupe sécurité alimentaire, santé, énergie hydroélectrique, stabilité et migrations. En se placant au centre du dialogue avec les BRICS, Ndayishimiye cherche à arrimer la coopération à des besoins de base et à des projets d’infrastructures bancables. C’est aussi un moyen pour l’Union Africaine de montrer que son agenda n’est pas uniquement géopolitique, mais d’abord de développement humain.

Les BRICS, avec leurs capacités en financement d’infrastructures et en transfert de technologies, sont présentés comme des partenaires naturels pour des barrages, des systèmes d’irrigation et de traitement de l’eau à grande échelle.

Reconnaissance à l’Inde et victoire diplomatique du G20

Le président de l’Union Africaine a tenu à saluer spécifiquement le rôle de l’Inde. Deux raisons sont à noter ici : la première porte sur le partage diplomatique. New Delhi a activement soutenu l’admission de l’Union Africaine comme membre permanent du G20 lors de son propre sommet en 2023. Pour Ndayishimiye, ce geste a « renforcé la place de l’Afrique dans les instances de gouvernance mondiale ». La deuxième, quant à elle, porte sur le signal politique. En remerciant l’Inde devant les BRICS, le président burundais consolide l’axe Inde-Afrique au sein du groupe.

L’admission de l’Union Africaine au G20 est désormais utilisée par l’Afrique comme levier : elle réclame la même logique d’inclusion au Conseil de sécurité de l’ONU et dans les institutions de Bretton Woods.

« Correct the Map » : quand la géopolitique devient un acte politique

Le passage le plus remarqué de l’allocution porte sur l’initiative « Correct the Map », que le président a saluée, ainsi que le soutien des BRICS à l’adoption d’une résolution en lien. « La correction de la carte revient à corriger le regard porté sur l’Afrique », a-t-il déclaré.

De quoi s’agit-il ? L’initiative « Correct the Map » dénonce la projection de Mercator, qui minimise visuellement la taille réelle de l’Afrique. Sur une carte fidèle à la superficie, l’Afrique est 14 fois plus grande que le Goenland, et non l’inverse. Pour l’Union Africaine, adopter une représentation cartographique plus juste est un acte de décolonisation mentale et diplomatique.

Le soutien des BRICS à une résolution sur le sujet donne un poids politique à une démarche qui, jusqu’ici, relevait surtout du monde éducatif et culturel. C’est aussi une manière pour le groupe d’afficher une posture anti-hégémonique : contester les standards établis, y compris symboliques.

Ce que signifie cette allocution pour l’Afrique

Trois lectures se dégagent dans l’allocution de Ndayishimiye. La première porte sur le pragmatisme et symbolique. Le président Ndayishimiye lie des dossiers très concrets : l’eau, le financement. Il y ajoute une bataille de représentation. L’idée : l’Afrique ne gagnera pas seulement avec des dollars d’investissement, mais aussi en imposant son récit. La deuxième porte sur une Afrique qui cherche un multi-alignement maîtrisé. En s’adressant aux BRICS depuis New Delhi, tout en rappelant son ancrage au G20 grâce à l’Inde, le président de l’UA Ndayishimiye montre la stratégie actuelle : ne pas choisir entre Occident et Sud global, mais multiplier les points d’appui pour obtenir plus de poids. La troisième lecture porte sur les BRICS testés sur leur promesse « Sud-Sud ». En soutenant la résolution « Correct the Map » et en entendant la priorité « eau », les BRICS sont mis face à leurs engagements. Le groupe peut-il passer d’un club de contestation à une plateforme de solutions pour le continent ? C’est l’une des questions qui continueront à nourir l’opinion africaine.

Source : https://x.com/ntarehouse/status/2099138261637829106?s=46&t=w5Wf1lKGL10HgS2pw0ZbMg

Quelques images du sommet

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