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Burundi/CEEAC ˃ Gouvernance de l’Internet en Afrique centrale: inclusion des femmes et connectivité rurale au cœur du débat

Le Premier ministre burundais, Nestor Ntahontuye s'adressant aux participants au Forum

En bref ::::: In a nutshell

Au cœur du Forum sur la gouvernance de l’Internet organisé au Burundi, du 16 au 21 février 2026, les débats ont révélé un double enjeu : acculturation des communautés rurales au numérique tout en consolidant la place des femmes dans l’économie numérique. Entre défis de connectivité, résistances culturelles et opportunité d’inclusion, le Burundi s’affirme comme un acteur singulier ouvert et ambitieux dans la transformation numérique africaine.

Le Forum sur la gouvernance de l’Internet organisé, du 16 au 21 février 2026 au Burundi, par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) a été lancé officiellement par le Premier ministre burundais, Nestor Ntahontuye, le mardi 17 février au Palais des Congrès de Kigobe. Ce forum a mis en lumière des enjeux cruciaux pour l’avenir numérique du pays et de la région. Les intervenants ont souligné l’importance d’une véritable acculturation numérique dans les milieux ruraux, conditions indispensables pour réduire les fractures de connectivité et favoriser une appropriation inclusive des technologies. Ils ont également rappelé que le Burundi se distingue comme l’un des rares pays africains à offrir une ouverture remarquable aux femmes dans l’économie numérique. C’est un atout stratégique face aux défis persistants liés au genre.

Au-delà des avancées, le forum a révélé les tensions entre traditions africaines et processus d’acculturation, ainsi que les prétextes souvent invoqués pour justifier la faible connectivité en zones rurales. Ces débats ont mis en évidence la nécessité d’un dialogue constant entre modernité et héritages culturels, afin que la transformation digitale serve de levier à la fois pour l’égalité et pour le développement des communautés.

Pesanteurs culturelles et la marginalisation des femmes

Lors de ce forum, plusieurs intervenants ont dénoncé la persistance des normes culturelles africaines qui favorisent la supériorité des hommes au détriment des femmes. Cette vision patriarcale freine, en quelque sorte, l’émergence des femmes dans l’entrepreneuriat, en particulier dans les secteurs innovants comme les Technologies de l’information et de la communication (TIC). Les représentations sociales continuent de limiter l’accès des femmes aux opportunités économiques et technologiques, renforçant ainsi les inégalités structurelles. 

Impact sur l’entrepreneuriat féminin et les TIC

Cette culture discriminatoire ne favorise pas l’initiative des femmes dans les domaines stratégiques. Dans les TIC, où l’innovation et la créativité sont essentielles, les femmes se heurtent à des obstacles liés à la perception de leur rôle social. Le manque de soutien institutionnel et communautaire réduit leur capacité à transformer les outils numériques en levier de développement économique et social. Le forum a souligné que cette exclusion prive la société d’un potentiel considérable.

Paradoxes révélés par les chiffres

Malgré cette indignation, une enquête a révélé une réalité surprenante : les femmes représentent plus de 49% des utilisateurs des outils TIC en Afrique centrale. Ce chiffre montre que, malgré les barrières culturelles et sociales, les femmes s’approprient progressivement les technologies. Toutefois, cette utilisation reste souvent limitée à des fonctions basiques, faute d’accompagnement et de politiques inclusives qui leur permettraient de transformer cette appropriation en véritable moteur d’entrepreneuriat.

Prétextes causes de faible connectivité en milieu rurale

Le Directeur général de l’Agence de régulation et de contrôle des télécommunications (ARCT), Dr. Samuel Muhizi, a rappelé que les opérateurs télécoms justifient leur faible investissement en milieu rural par des arguments de rentabilité, estimant que les zones urbaines offrent un retour économique plus rapide. Pourtant, cette logique est contestable : la grande majorité de la population burundaise, comme dans de nombreux pays africains, vit en milieu rural. Ignorer ces territoires revient à priver la majorité des citoyens d’un accès équitable aux outils numériques et à renforcer les fractures sociales et économiques. Le Dr. Muhizi a insisté sur le fait que la connectivité rurale ne peut être considérée comme une option secondaire, mais comme une priorité stratégique pour le développement inclusif et durable.

Pour rappel, le thème central du Forum était : « Le numérique : catalyseur d’innovation, d’inclusion et de développement durable en Afrique centrale ». Le Premier ministre burundais avait, pendant le lancement, exhorté les Etats de la sous-région à manifester leurs intentions de passer aux actions concrètes en matière de gouvernance numérique, en insistant sur l’harmonisation des cadres juridiques, la cybersécurité et la protection des données. Il avait encouragé les jeunes et les femmes burundais à utiliser l’Internet comme levier de développement, en lien avec la vision 2040-2060 du pays.

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