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Exclusivité : L’urgence d’un corpus Kirundi pour l’Intelligence artificielle au Burundi

Nathan Ntahondi, expert en politiques de développement des TIC et Fondateur du CBETIC

En bref ::::: In a nutshell

Dans cette interview, Nathan, fondateur de CBETIC, souligne l’urgence de créer un corpus en Kirundi pour l’intelligence artificielle afin qu'elle puisse comprendre et servir les locuteurs burundais. Il explique que sans données linguistiques le Kirundi restera absent des modèles d’IA, ce qui risque d’exclure des millions de personnes des outils numériques. Il appelle le gouvernement, les partenaires, les bailleurs, les universités et les jeunes à une action collective.

Invité sur les plateaux de TIC-Actualité, le samedi 16 mai 2026 à Bujumbura, Nathan Ntahondi, fondateur de CBETIC, a répondu sans détour à nos questions sur l’urgence de construire un corpus en Kirundi pour l’Intelligence artificielle. Dans cet entretien, il explique pourquoi l’absence de données en langue locale menace d’exclure des millions des Burundais de la révolution IA, et ce qu’il faut faire dès aujourd’hui pour inverser la tendance. Suivez son interview en intégralité.

TIC-Actualité : Monsieur Nathan, pourquoi parlez-vous aujourd’hui d’« urgence » pour un corpus Kirundi dédié à l’IA ?

Nathan Ntahondi : Merci beaucoup de votre pertinente question. Je parle effectivement de l’urgence de collecter et de structurer des données pour un corpus Kirundi dédié à l’Intelligence artificielle parce que l’IA ne comprend que ce qu’on lui donne à manger. Comme je l’ai souligné dans mon analyse publiée dernièrement, aujourd’hui, le Kirundi est quasi absent des grands modèles de langage. Si on n’agit pas maintenant, nos enfants utiliseront l’IA en Français, en Anglais ou Swahili mais pas dans leur langue maternelle. On risque une fracture numérique linguistique. L’urgence est de ne pas laisser plus de douze millions de locuteurs du Kirundi hors de la révolution IA.

TIC-Actualité : Concrètement, à quoi servirait un corpus Kirundi bien structuré ?

Nathan Ntahondi : Ecoute, un tel corpus Kirundi servirait à trois choses immédiates. Premièrement, il servirait à créer des assistants vocaux et chatbots qui comprennent et répondent en Kirundi pour l’agriculture, la santé, l’éducation etc. Deuxièmement, il servirait à améliorer la traduction automatique pour que nos administrations et les Organisations non gouvernementales communiquent vite. Troisièmement, il servirait à préserver et moderniser la langue : le corpus capture les expressions, les proverbes, les usages réels d’aujourd’hui.

TIC-Actualités : Quels sont les raisons principales qui expliquent que ce corpus n’existe pas encore à l’échelle ?

Je citerais ici trois raisons. Le Burundi manque de données numériques car notre langue est historiquement plus orale qu’écrite. Nous n’avons jamais entendu de financement et de coordination pour la mutualisation à la cause. Chaque projet travaille individuellement sans se rendre compte de cette donne numérique. Il y a aussi le manque de sensibilisation. On ne voit pas encore le lien direct entre corpus linguistique et opportunités économique. Ce que nous devons comprendre est que sans données, pas de modèle et sans modèle, pas de services locaux en IA. Permettez que je vous donne ici un exemple banal : l’IA ne connaît pas, par exemple, le mot en Kirundi « Gusuma », elle le connaît plutôt en une autre langue : « Guhaha ». Vous comprenez ce que le Burundi doit éviter pour sa souveraineté numérique.

TIC-Actualité : Pourquoi CBETIC s’implique sur ce sujet alors que vous travaillez sur le numérique en général ?

Nathan Ntahondi : Au CBETIC, nous sommes intéressés par ce sujet parce que la technologie sans contexte local ne sert à rien. Notre mission est de faire en sorte que le numérique réponde aux réalités burundaises. Un modèle IA qui ne comprend pas « guhiga agakwavu » ou « kuroba ifi » est inutile pour 90% de la population. Produire ce corpus, c’est donner aux développeurs burundais la matière première pour bâtir des solutions qui collent au terrain.

TIC-Actualité : Quel appel lancez-vous aujourd’hui aux jeunes, au Gouvernement, aux chercheurs et partenaires ?

Nathan Ntahondi : J’appelle tout le monde à l’action collective. Aux jeunes : vos discussions WhatsApp, vos histoires, vos chansons en Kirundi sont des données précieuses si on les collecte de manière éthique. Aux chercheurs et universités : documentez la langue. Au Gouvernement, partenaires et bailleurs : financez l’infrastructure de collecte et d’annotation des données numériques pour constituer le corpus en Kirundi qui facilitera l’IA. Si on ne construit pas notre corpus maintenant, d’autres le feront mal pour nous, et on subira. Le Kirundi doit parler à l’IA et l’IA doit parler au Burundi.

TIC-Actualité : Merci de votre Interview

Nathan Ntahondi : C’est moi qui vous remercie plutôt.