Le Burundi vit actuellement une réalité de développement de l’économie numérique. Elle prend de l’ampleur avec l’introduction déjà des services variés, notamment le mobile money, e-commerce, services publics en ligne et réseaux sociaux comme premier canal d’info. Aujourd’hui, les Burundais vendent déjà en ligne. Ils s’informent plus sur les réseaux sociaux que dans les journaux papiers. Cela montre que le pays a embrassé le numérique. Mais ceux qui doivent expliquer, vérifier et orienter cette transition sont encore formés pour le journalisme papier et radio.
La majorité des journalistes burundais ont été formés et ont exercé dans un contexte analogique : reportage terrain, micro, papier etc. Aujourd’hui, il faut vérifier une rumeur virale en ligne, décrypter le crypto, expliquer la cybersecurité, produire des datas, maîtriser le SEO (Search Engine Optimisation) et les formats vidéos courts. L’absence de ces compétences laisse place à la désinformation, production d’info peu adaptée aux plateformes, manque d’analyses économiques sur le numérique. Donc l’économie numérique avance sans boussole médiatique.
Le rôle du journaliste dans l’économie numérique est d’éduquer le public à l’argent mobile (mobile money), alerter les arnaques en ligne, analyser l’impact des plateformes, rendre accessible les politiques publiques digitales. Sans cela, les citoyens ne font pas confiance. Les investisseurs n’ont pas d’information fiable. Les arnaques prospèrent et les politiques publiques ne sont pas comprises. Une économie numérique sans médias compétents est une voiture sans phare la nuit.
Le Burundi ne pourra pas réussir sa transition numérique tant qu’il n’investira pas massivement dans la qualification de ses journalistes. La réussite de l’économie numérique burundaise dépend directement de la capacité des journalistes à produire une information adaptée au numérique.
- Décalage : des journalistes formés pour l’analogique face à une économie 100% digitale
I.1. Le profil des journalistes burundais aujourd’hui
Les journalistes burundais d’aujourd’hui héritent une formation initiale centrée sur la radio, TV et presse écrite : écriture inversée, PQR et l’éthique classique. Ils sont aussi outillés en pratiques professionnelles notamment les reportages terrains, conférences de presse et éditions papier. Mais ils n’ont pas eu de modules sur le data-journalisme, vérification en ligne, réseaux sociaux, monétisation du contenu etc.
I.2. Les nouvelles exigences de l’information à l’ère de l’économie numérique
L’information actuelle exige la vitesse et la vérification pour contrer les rumeurs sur les réseaux sociaux avant qu’elles ne fassent des dégâts économiques. Avec le développement du numérique, la production d’information exige des formats adaptés notamment des vidéos courtes, podcast, infographie etc. Les sujets sont surtout centrés sur les Fintech, cybersecurité, e-commerce, start-up, fiscalité numérique, IA etc. L’information actuelle exige les compétences techniques qui font intervenir le SEO (Search Engine Optimization), sécurité numérique etc.
I.3. Inadéquation structurelle
La méthodologie classique de production d’information se contente des infos reprises des communiqués. Il y a peu d’enquêtes sur le numérique. La vulgarisation de l’économie digitale est presque inexistante. Je donne un exemple ici : qui explique vraiment aux commerçants comment éviter les arnaques « mobile money » ? Qui analyse l’impact de la taxe sur les transactions électroniques ? Je n’ai pas encore vu des articles ou des émissions sur ce genre de sujets.
- Economie numérique qui avance sans boussole médiatique
- Pour les citoyens : désinformation et méfiance
Une économie numérique qui avance sans boussole médiatique laisse place à la prolifération des fake news économiques. Les citoyens suivent de faux concours, faux investissements, rumeurs sur la hausse des prix. En ce moment, le pays connaît une faible éducation publique, faute de médias qui vulgarisent l’essentiel sur l’économie numérique. Par conséquent, les citoyens ont peur du digital et n’adoptent pas les services numériques. Et cela fait ralentir le développement de l’économie numérique.
- Pour les entreprises et l’Etat : manque de visibilité et de redevabilité
L’absence des journalistes outillés impacte sur la croissance des économies des start-ups et les petites et moyennes entreprises qui n’ont pas de relais médiatiques pour se faire connaître. L’Etat ne parvient pas à mieux ancrer ou asseoir ses politiques publiques numériques notamment les lois et stratégies. Ses projets ne sont pas expliqués ni débattus. Les parlementaires ne sont pas mieux outillés pour le vote des lois adaptées suite au manque d’informations nécessaires pour la prise de position dans les débats parlementaires. La croissance économique de l’Etat n’avance pas à cause de l’absence de journalisme d’investigation sur les marchés publics du numérique et les failles de sécurité.
2.2.3. Pour l’image du pays : un retard compétitif
Les investisseurs cherchent des médias crédibles pour comprendre le marché. Sans médias numériques forts, le Burundi rate l’opportunité de raconter sa propre transformation. L’absence du journaliste formé qui produit des informations crédibles sur l’économie numérique burundaise laisse les narratifs inexpérimentés aux influenceurs et médias étrangers.
- Solution : Investir urgemment dans la qualification numérique des journalistes
- Former : Revoir les curricula et la formation continue
L’Etat du Burundi a l’urgence d’intégrer dans les écoles de journalisme le modules sur les data-journalisme, journalisme mobile, cybersécurité, économie digitale. Il faudrait mettra en place des programmes de formation continues pour les rédactions notamment les ateliers pratiques avec les acteurs du numérique burundais. Il faudrait développer aussi des partenariats qui verraient participer les médias, universités, opérateurs télécoms et Fintechs.
- Equiper : Donner les moyens de produire du contenu numérique
Pour mieux réussir le pari, l’Etat a l’obligation de faciliter l’accès à l’internet stable, smartphones, logiciels de montage et outils de vérifications pour les journalistes formés. Les médias devraient créer des rubriques « Economie numérique ». Il faut encourager le journalisme de solution. Celui qui montre ce qui marche.
- Responsabiliser : le rôle de tous les acteurs
Le Gouvernement burundais a le devoir de mettre la formation des journalistes dans la stratégie nationale du numérique. Les médias quant à eux devraient nommer des responsables « digital » et changer les grilles de salaire par compétences. Les journalistes eux-mêmes ont l’obligation de se remettre en question et d’apprendre.
Pour conclure, une économie numérique sans médias compétents est une économie aveugle. Si le Burundi a choisi le numérique comme moyen de son développement, son choix ne réussira qu’après avoir allumé les phares. Et les phares sont les journalistes. Former au numérique n’est pas un luxe pour les journalistes. C’est une obligation pour le pays.