Pour la première fois de son histoire, le Burundi préside l’Union africaine. Et pour la première fois aussi, c’est sous cette casquette continentale que son chef d’Etat, Evariste Ndayishimiye, a pris part au sommet des BRICS dans le format « BRICS Plus » organisé à New Delhi en Inde du 11 au 13 sepembre 2026.

Pour rappel, le 15 février 2026 à Addis-Abeba, lors de la 39èe session de la Conférence des chefs d’Etat de l’Union africaine, le Burundi a officiellement repris le flambeau de l’Angola. Dans son discours d’acceptation, le président Ndayishimiye promettait d’exercer la présidence « dans un esprit d’écoute, d’impartialité et de coopération avec tous, et pour le bien de tous les Etats membres. Huit mois plus tard, ce mandat s’exporte sur la scène des grands du Sud.

Du statut d’invité en 2023 au statut de porte-parole en 2026

Retenez que ce n’est pas une première rencontre entre le Burundi et les BRICS. Déjà en août 2023, à Sandton-Johannesburg, le président Ndayishimiye avait été convié au 15ème sommet sous le thème de « l’inclusion de l’Afrique ». Il y défendait alors une coalition des BRICS capable « d’accélérer les projets concrets et communs et d’élargir le cercle d’amis et de membres ».

Voilà, trois ans plus tard, le contexte a changé. Le Burundi ne vient plus comme « pays ami ». Il vient comme représentant de plus de 1,4 milliards d’Africains. Sur la liste des participants au dernier sommet, aux côtés de Xi Jinping, Vladimir Poutine, Cyril Ramaphosa et Masoud Pezeshkian, figure bien le « président burundais, Evariste Ndayishimiye »

Cette promotion diplomatique intervient dans un moment où le Burundi cherche à tourner la page de son isolement. Accueillir la présidence de l’Union Africaine et siéger dans les formats BRICS, c’est pour Gitega un « certificat de normalité » et une vitrine pour redorer son image.

Les priorités africaines sur la table des BRICS

Toute personne éprise de paix et de solidarité pour le développement africain pourrait se demander ce que vient dire l’Afrique dans un groupe qui représente aujourd’hui plus de 40 pour cent de la population mondiale et un part croissante du PIB global. Le discours burundais aligné sur l’Agenda 2063 est resté constant depuis 2023.

La paix comme préalable

Le chef de l’Etat burundais, Ndayishimiye l’a rappelé à Johannesburg : le monde traverse « plusieurs crises économiques, géopolitiques et sécuritaires ». Pour l’Union africaine, aucun projet de développement ne tient sans stabilité. Dans son discours d’investiture à l’UA, il pointait déjà « des défis sécuritaires persistants » sur le continent.

L’intégration et les infrastructures

Dès 2023, il plaidait pour « opérationnaliser la Zone de Libre-échange Continentale Africaine » et pour des corridors intégrateurs comme le chemin de fer Tanzanie-Burundi-RDC. Le message est simple : « Le libre-échange n’est pas possible s’il n’est pas précédé par la mise en place d’infrastructures adaptées ». Ici les BRICSs, avec leur Nouvelle Banque de Développement sont interpellés directement.

Une souveraineté économique retrouvée

La présidence indienne a mis en avant « le développement d’instruments de paiement transfrontaliers et l’encouragement d’une plus grande utilisation des monnaies nationales ». C’est un thème qui fait écho aux revendications africaines de sortir de la dépendance au dollar et aux conditionnalités occidentales. Pour l’Union africaine, il s’agit aussi de diversifier les partenariats et de financer l’industrialisation, l’innovation et l’agriculture sans reproduire les schémas de dette du passé.

Notez que lors d’une rencontre bilatérale en marge d’un autre forum Sud-Sud, le président brésilien, Lula da Silva a d’ailleurs « salué le leadership de son homologue burundais en tant que président en exercice de l’Union africaine ». C’est un signal politique fort pour notre pays des Grands Lacs.

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