Le Gouvernement burundais entend connecter 1000 écoles et 1000 centres de santé à l’Internet sur l’ensemble du territoire national. C’est une initiative d’envergure qui fera certainement du numérique un accélérateur pour l’éducation et la santé.
Mais si l’information suscite l’espoir, elle soulève aussi une interrogation de fond : ces futurs utilisateurs sont-ils prêts à s’approprier l’outil ? Car dans le numérique plus qu’ailleurs, les équipements ne suffisent pas. Sans une adhésion réelle des élèves, enseignants, soignants et parents, le risque de voir le projet rater sa cible est grand.
Trop de projets numériques échouent, non pas par manque de budget ou de technologie, mais par manque d’adhésion. Installer des équipements dans une école ou un centre de santé sans expliquer le pourquoi et le comment aux bénéficiaires, c’est construire sur du sable.
Un proverbe résume bien cet enjeu : « Si tu prépares un projet pour mon développement sans moi, le projet est contre moi. »
L’internet n’est qu’un outil. Entre les mains d’un élève non sensibilisé, il devient vite une source de distraction et d’échecs scolaires. Entre les mains d’une communauté informée, accompagnée, il devient un levier de réussite, de recherche et d’ouverture.
La sensibilisation n’est donc pas une étape accessoire. C’est le cœur du projet. Elle transforme les bénéficiaires de simples « récepteurs » en acteurs et protecteurs du projet. Quand un parent comprend que l’Internet aide son enfant à mieux apprendre, quand un agent de santé voit qu’il sauve des vies, ils deviennent tous premiers défenseurs de l’infrastructure. Un projet numérique réussi, c’est 30 % d’équipement et 70 % d’humain. Sans adhésion, les câbles se coupent, les tablettes disparaissent, et l’impact s’évapore. Avec l’adhésion, le projet devient patrimoine commun.
En définitive, le succès de ce projet ne se mesure pas au nombre de kilomètres de fibre posés, mais au nombre de vies changées. Et cela ne se décrète pas à Bujumbura : cela se construit avec chaque élève, chaque soignant, chaque parent. Car un Internet imposé sans explication est un Internet subi. Un Internet expliqué et partagé devient une chance nationale.