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ANALYSE˃Le contenu numérique : l’étincelle qui transforme l’accès en impact

En bref ::::: In a nutshell

Le contenu numérique est le maillon le plus négligé des projets FSU car il est invisible, sans responsable dédié et avec peu de budgets alors que l’infrastructure capte un pourcentage élevé des fonds. Pourtant, sans contenu pertinent, adapté à la langue, aux réalités locales et accessible offline, l’accès Internet ne crée par l’usage : les telecentres restent des « coquilles vides ». Investir dans le contenu, c’est donc transformer la connexion en impact réel et mesurable sur la vie des citoyens.

Le contenu numérique est aujourd’hui le maillon décisif de toute stratégie d’inclusion numérique. Pourtant, il reste le plus négligé. Dans les projets financés par les Fonds de services universels (FSU), on célèbre l’inauguration d’une antenne ou la livraison des ordinateurs, car l’infrastructure est visible et quantifiable. Le contenu, lui, est invisible. On ne coupe pas le ruban pour un serveur rempli de modules en Kirundi. Cette asymétrie de visibilité explique pourquoi 70% des budgets vont au « dur » et moins de 5% au « sens ».

Or, l’équation est implacable : sans contenu pertinent, l’accès ne produit pas l’usage. Connecter un village à 4G ne changera pas la vie d’un agriculteur de Rutana s’il ne trouve rien dans sa langue adaptée à ses réalités, et accessibles sans engloutir son revenu en data. Le réflexe du « Google et You Tube existent déjà » est un piège. La barrière de la langue, le coût gigaoctet, l’absence de mode offline et l’inadéquation culturelle transforment l’Internet en coquille vide. C’est ainsi que 45% des télécentres du continent africain affichent des taux d’utilisation dérisoires malgré des investissements colossaux.

Le problème est aussi culturel : le contenu n’a pas de « propriétaire ». L’infrastructure a son opérateur, l’équipement son fournisseur, la formation son ministère mais le contenu n’a personne. Un directeur général n’est évalué sur le nombre de vies transformées par un module de santé maternelle en Kirundi. Sans ligne budgétaire et sans modèle économique pour la mise à jour, le contenu meurt à la fin du projet. On finance la première année, mais la troisième année, les serveurs sont obsolètes et les informations sont périmées.

Pourtant, quand le contenu est placé au centre, la dynamique s’inverse. En allouant une part significative du budget aux contenus, en Kirundi sur la santé, l’agriculture et l’éducation, le télécentre devient un lieu de vie avec un pourcentage élevé de taux d’usage. A l’inverse, les salles uniquement équipées restent désertes ou détournées. La lecon est claire : on ne connecte pas des tuyaux, on connecte des humains à des solutions.

Investir dans le contenu numérique pertinent, c’est donc investir dans l’impact. Cela suppose de changer le paradigme : passer de la logique de « donner l’accès » à celle de « garantir l’appropriation ». Cela exige de budgétiser la création, l’adaptation linguistique, la maintenance et la mesure d’usage dès la conception des projets FSU. Car au final, une politique d’inclusion numérique ne se jugera pas au nombre d’antennes plantées, mais au nombre de citoyens dont la vie a concrètement changé grâce au numérique.