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ANALYSE> Créer un Service Contenus au sein du FSU, une urgence stratégique

En bref ::::: In a nutshell

Le projet du Gouvernement de connecter 1000 écoles et 1000 centres de santé est historique, mais risque d’échouer sans contenus pertinents. L’expérience montre que 45% des sites connectés restent sous-utilisés car Internet seul ne crée pas l’usage. Le FSU devrait donc créer d’urgence un Service Contenus pour garantir l’impact. Sa mission est de diagnostiquer les vrais besoins du terrain, de produire des contenus offlines en Kirundi pour l’agriculture, l’éducation et la santé et de mesurer l’usage réel et les vies transformées, pas seulement les télécentres installés.

Le projet ambitieux du Gouvernement burundais de déployer l’Internet dans 1000 écoles et 1000 centres de santé est historique. C’est la plus grande promesse d’inclusion numérique jamais faite dans notre pays. Mais cette promesse porte en elle un risque majeur : transformer 2000 sites en 2000 coquilles vides si des contenus pertinents et innovants n’accompagnent cette infrastructure.

Ici, l’expérience africaine est impitoyable. Dans toute l’Afrique, 45% des télécentres et des écoles connectées sont sous-utilisés. Pourquoi ? Parce que l’équation « Internet+bâtiment = développement » est fausse. Connecter l’Ecole fondamentale de Rutegama à l’Internet ne changera rien si l’instituteur n’y trouve aucun cours en Kirundi, utilisable sans data. Equiper le Centre de Santé de Makamba en Wi-Fi ne sauvera aucune vie si l’infirmier ne peut pas accéder, offline, à un protocole de prise en charge du paludisme en vidéo.

Créer un service dédié à la création et au développement de contenus pertinents et innovants au sein du FSU n’est pas une option. C’est la condition pour que l’inclusion numérique passe de la promesse à l’impact. Aujourd’hui, le FSU sait planter des antennes, livrer des ordinateurs, des écrans téléviseurs géants et former des gérants. Mais il ne sait pas encore garantir que cette infrastructure serve à quelque chose. Le maillon manquant porte le nom : le contenu.

Tant que le FSU n’aura pas de « propriétaire du contenu », ce dernier restera l’angle mort de nos politiques. Tenez, l’infrastructure a ses ingénieurs, l’équipement ses fournisseurs, la formation ses formateurs. Le contenu, lui, est l’enfant abandonné. Résultat : 70% du budget finance le tuyau, 5% à peine finance ce qui y circule. On mesure le nombre de tours, pas le nombre de vies transformées par un module de santé maternelle en Kirundi. Sans structure dédiée et sans ligne budgétaire prévue, le contenu meurt à la fin du projet, laissant derrière lui des télécentres transformés en coquilles vides.

Instituer un Service Contenus au FSU, c’est donc corriger une anomalie de gouvernance. Ce service aurait trois mandats clairs. D’abord, diagnostiquer : aller sur le terrain comprendre ce dont un agriculteur de Gitega a besoin ou une vendeuse de Burunga ont réellement besoin. Ensuite, produire : ressourcer, traduire, adapter et créer des contenus offlines, en Kirundi, en format audio et vidéo courts, centrés sur la santé, l’agriculture, l’éducation et l’emploi. Enfin, mesurer : taux d’usage, score de pertinence et nombre de « vies transformées ». C’est pour rendre des comptes non plus sur les équipements livrés, mais sur les changements réels opérés.

Là où on se contente d’installer les télécentres, les salles sont vides. Le contenu est l’étincelle qui transforme l’accès en appropriation. Créer ce service, c’est reconnaître qu’on ne connecte pas des tuyaux, mais qu’on connecte des humains à des solutions.

Le projet 1000 écoles et 1000 centres de santé coûtera des millions. Ne pas créer ce Service Contenus, c’est accepter de gaspiller 95% de cet investissement. Le Gouvernement bâtit les autoroutes numériques. C’est au FSU de mettre les ambulances, les bibliothèques et les tracteurs qui vont circuler dessus. C’est ce qu’on appelle : du contenu qui sauve, qui forme, qui enrichit.

Sans contenu, on aura 2000 prises électriques sans appareils à brancher. Quelque soient les dépenses à engager pour la mise en place de ce service et son opérabilité, c’est le prix à payer pour que chaque francs investi dans l’infrastructure produise enfin du dividende social. Et c’est la seule voie pour le FSU, en 2027, puisse montrer autre chose que des photos des télécentres : des histoires de citoyens dont la vie à changé grâce au numérique.