Alors que le Burundi ambitionne de poser les bases de sa souveraineté numérique avec le projet prioritaire de connexion Internet dans 1000 écoles et 1000 centres de santé, une nouvelle vague technologique frappe déjà aux portes du monde : le Web3. Celui-ci se présente comme l’Internet de la propriété. Il succède au Web1 de la lecture et au Web2 de l’interaction. Avec le blockchain, les crypto-actifs et l’identité décentralisée, le Web3 promet de redonner le contrôle des données aux utilisateurs.
Pour un pays comme le Burundi, parler de Web3 lorsque l’accès universel à l’Internet reste encore un chantier, l’équation paraît complexe. Ce serait précipiter la technologie dans un vide absolu. Pourtant, ignorer cette vague serait aussi risquer un nouveau retard technologique. Le défi est donc de distinguer les opportunités réelles des effets de mode.
En effet, trois cas d’usage interpellent directement le contexte burundais. D’abord, l’inclusion financière. Dans un pays où la majorité de la population reste non bancarisée, les solutions de paiement Web3 pourraient offrir des transferts d’argent instantanés et à coût réduit, en complément des services Mobile Money déjà populaires. Pour les filières stratégiques comme le thé ou le café, la blockchain permettrait de certifier l’origine des produits « de la production à la tasse », renforçant leur valeur à l’export et luttant contre la fraude. L’identité décentralisée et le stockage distribué des données ouvrent la voie à des services publics plus résilients et moins exposés aux cyber menaces.
Mais le Web3 n’est pas une baguette magique. Il repose sur trois prérequis fondamentaux : une connexion internet stable, une fourniture énergétique fiable et une population formée au numérique. Lancer des projets Web3 sans consolider ces fondations reviendrait à construire un toit sans élever les murs. Le danger est double : voir émerger des arnaques ciblant une jeunesse avide d’opportunités, et nourrir une désillusion face à une technologie mal comprise.
Ainsi, la voie burundaise doit donc être celle de l’expérimentation maîtrisée. Il ne s’agit pas de copier les modèles étrangers, mais de former en priorité une force locale de développeurs, d’entrepreneurs et de régulateurs capables d’encadrer ce nouvel écosystème. Des projets pilotes sur le registre foncier, la certification des diplômes sont autant d’exemples qui permettraient de tester la pertinence du Web3 sur des problèmes concrets.
Concrètement, le Burundi ne peut pas se permettre de rater le train en marche du Web3. Mais, il ne doit pas non plus y monter sans préparation. Entre le risque du retard et celui de la précipitation, la voie de la sagesse consiste à consolider l’Internet d’aujourd’hui pour mieux façonner un Web3 ancré dans les réalités nationales.