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Nathan Ntahondi : « Développer une parole de référence en faisant de la communication un levier stratégique pour l’économie numérique burundaise »

Nathan Ntahondi, Fondateur de CBETIC

En bref ::::: In a nutshell

L’économie numérique burundaise a besoin d’une communication raffinée et autoritaire pour communiquer, par des données concrètes sur les résultats du PAFEN. Cette parole experte est le levier qui fera connaître les talents formés et les startups appuyés, afin d’attirer investisseurs et partenaires régionaux. Sans ce récit maîtrisé, les fondations posées par le PAFEN ne suffiront pas à transformer le potentiel numérique du Burundi en emplois et positionnement international.

L’économie numérique burundaise ne souffre pas d’un déficit d’ambition, mais d’un déficit de récit. Alors que le projet d’Appui à la Fondation de l’Economie Numérique, PAFEN, structure l’écosystème, appuis les incubateurs et finance la montée en compétences, alors que des milliers de jeunes maîtrisent déjà Internet, et les produits comme WhatsApp, Twitter, LinkedIn, Facebook et les bases de e-commerce, le Burundi peine encore à imposer sa voix dans le concert régional et international du numérique.

Le moment est venu d’adopter une communication raffinée et autoritaire, c’est-à-dire une parole qui soit à la fois d’une précision technique incontestable et d’une légitimité intellectuelle qui s’impose. Raffinée, parce qu’elle doit substituer les slogans génériques par la donnée : nombre de startups accompagnées par le PAFEN, taux d’insertion des jeunes certifiés en compétences digitales, revenus générés par les développeurs de Gitega formés grâce au projet, impact mesurable des hubs numériques appuyés sur l’emploi. Autoritaire, non pas au sens politique, mais au sens d’une expertise qui fait autorité : lorsque le Burundi parle de transformation digitale, il le fait chiffres à l’appui, avec des cas concrets de petites et moyens entreprises digitalisées, des témoignages et une vision chiffrée à 2040.

Cette communication n’est pas une fin en soi. Elle est le levier principal du positionnement du pays. Aucune entreprise internationale n’implante un centre de services dans un pays dont elle ignore le vivier de talents. Aucun investisseur ne mise à grande échelle sur un écosystème dont les succès ne sont pas documentés. Aujourd’hui, le Burundi subit les récits des autres : celui d’un pays enclavé, déconnecté, à la traine. Demain, une communication experte doit imposer un autre récit : celui d’un pays qui, avec l’appui structurant du PAFEN, dispose d’une jeunesse d’incubateurs opérationnels et d’un coût de prestation compétitif pour devenir le hub de la sous-traitance digitale en Afrique centrale.

Pour y parvenir, trois innovations sont nécessaires. Premièrement, former une nouvelle génération de porte-voix : experts PAFEN, coachs d’incubateurs, hauts fonctionnaires capables de parler de compétences cloud, de financement de startups et de retour sur l’investissement devant une caméra. Deuxièmement, transformer chaque résultat du PAFEN en étude de cas diffusée : combien de PME de Burunga ont doublé leur chiffre d’affaires après leur digitalisation, combien de femme de Makamba vivent du e-commerce après leur formation, combien d’emplois créés par les startups accompagnées. Troisièmement, assumer une diplomatie numérique : porter dans les forums de l’EAC, de la COMESA et auprès des partenaires techniques des chiffres burundais, des ambitions burundaises, des solutions burundaises.

En 2026, appuyer les incubateurs ne suffit plus. Le véritable enjeu de souveraineté est de posséder son récit. Le PAFEN structures les fondations. Il doit désormais aider à bâtir le discours qui connecte  le Burundi au monde. Une communication raffinée et autoritaire n’est pas du luxe institutionnel : c’est l’infrastructure invisible sans laquelle aucune économie numérique ne décolle. C’est le levier qui transformera nos talents formés en contrats, nos startups appuyées en licornes régionales, et notre potentiel en positionnement.