Faciliter l’accès et la participation à l’economie numérique

Centre Burundais d'Expertise en TIC

ENTRETIEN : « Les Burundais n’ont pas peur de la technologie, ils ont peur de l’ignorance » – Nathan

Nathan Ntahondi, expert en politiques de développement des TIC et Fondateur du CBETIC

En bref ::::: In a nutshell

L’expert Nathan explique que la peur du numérique au Burundi vient du manque de formation et du mythe que la technologie est réservée aux experts. Les conséquences en sont que les Burundais perdent les emplois et les marchés pour les jeunes entrepreneurs. La solution est d’organiser des formations de proximité pratiques en Kirundi et en Français, axées sur l’usage utile.

Faute de connaissances en Technologie de l’information et de la communication (TIC), la plupart des Burundais préfèrent fuir les débats technologiques plutôt que de les affronter. Faut-il en avoir peur ? Comment briser ce complexe qui freine notre économie numérique ? Dans une interview exclusive accordée à TIC-Actualité, le mardi 29 septembre 2026 à Bujumbura, Nathan Ntahondi, expert et fondateur principal de CBETIC, brise le tabou et propose des solutions concrètes. Suivez l’intégralité de son interview.

TIC-Actualité: Monsieur Nathan. On constate que beaucoup de Burundais ont une sorte de complexe, voire une peur, face aux questions technologiques. Comment expliquez cela ?

 Expert Nathan Ntahondi (N.N) : Merci pour l’invitation. Cette peur est réelle. Elle s’explique par trois facteurs., les Burundais ont un déficit de formation de base. Le numérique n’est pas encore vulgarisé dans nos écoles et communautés. Ensuite, au Burundi nous avons un mythe que la technologie est réservée à une élite d’Ingénieurs. Enfin, il y a la barrière de la langue. Quatre-vingt pour cent des contenus techniques sont en anglais. Le résultat ici est qu’au lieu d’oser apprendre, beaucoup préfèrent éviter le sujet.

TIC-Actualité : Quelles sont les conséquences concrètes de cette peur pour notre économie numérique ?

N.N : Les conséquences sont énormes. Un jeune qui a peur du numérique ne peut pas postuler à un emploi en ligne, une commerçante qui a peur du paiement mobile perd des clients, et un entrepreneur qui a peur de l’e-commerce limite son marché à son quartier. C’est toute notre productivité nationale qui est freinée. Pendant que le monde avance avec l’IA et le digital, nous risquons de rester consommateurs au lieu de devenir créateurs.

TIC-Actualité : Alors, que faut-il faire concrètement pour briser cette peur ?

N.N : Il faut démystifier la technologie. Il ne faut pas commencer par apprendre le code, mais par apprendre l’usage utile. Nous avons besoin de trois actions : La première est de former autrement. Il faut des formations pratiques, en Kirundi et en Français, axées sur le concret notamment comment vendre sur WhatsApp Business, comment sécuriser son compte mobile money, comment créer un CV en ligne etc. La deuxième est de rapprocher la formation des gens. Il faut aller dans les collines, les marchés, les associations des jeunes et de femmes partout dans le pays. La troisième est de montrer des modèles de réussite locaux. Quand un Burundais voit qu’un autre Burundais a réussi grâce au numérique, la peur disparaît.

TIC-Actualité : Quel est le rôle de CBETIC dans cette dynamique ?

N.N : C’est précisément notre mission à CBETIC. Nous ne formons pas des techniciens, nous formons des citoyens numériques. A travers nos programmes de renforcement des capacités et de mobilisation citoyenne, nous transformons la peur en curiosité, et la curiosité en compétence. Notre objectif est simple : que chaque Burundais puisse dire « Le numérique, c’est aussi pour moi. »

TIC-Actualité : Merci de votre interview

N.N : C’est moi qui vous remercie plutôt.