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Centre Burundais d'Expertise en TIC

Nathan Ntahondi ˃ La régulation des médias à l’heure numérique et l’intelligence artificielle : Repenser le CNC

Nathan Ntahondi, Expert en politiques de développement des TIC

En bref ::::: In a nutshell

A la question de savoir à quoi sert le CNC à l’heure du numérique, ma réponse est simple : hier, le CNC contrôlait celui qui avait le micro, aujourd’hui tout le monde a un micro, donc son rôle n’est plus de censurer mais de protéger la vérité. Le CNC modernisé punira moins, il labélisera ce qui est fiable, traquera les fausses informations avec l’IA et deviendra lui-même cent pour cent digital. Le monde a changé, la communication a changé, le Burundi a changé. Le CNC va changer avec lui. Le mandat du CNC ne doit pas être de la censure mais plutôt, celui de la confiance.

Depuis que le président de la République, Evariste Ndayishimiye, m’a fait l’honneur de me nommer Membre du Conseil national de la communication, CNC, par décret n°100/130 du 6 octobre 2026, en remplacement de l’Ambassadeur Espérance Ndayizeye, la même interrogation m’est posée partout : à quoi sert encore le CNC à l’heure du tout-numérique ? Ma réponse est simple : jamais le CNC n’a été aussi nécessaire qu’aujourd’hui. Hier, il régulait des fréquences ; aujourd’hui, il doit protéger la vérité.

Pendant longtemps, les Burundais ont vu le CNC se comporter comme un gendarme. Ils le craignaient et le respectaient, mais souvent ils le contournaient. Ce modèle, jusqu’aujourd’hui bloqué dans le système analogique, fonctionnait dans un monde où il n’y avait que quelques radios et télévisions. En ce temps-là, il suffisait de contrôler celui qui avait le micro. Ce monde n’existe plus avec le développement vertigineux des technologies de l’information et de la communication.

Aujourd’hui, avec un simple téléphone portable de cinq cent milles FBu, un jeune de Gitega, de Burunga ou de Butanyerera peut créer une chaîne qui aura plus d’audience qu’une télévision nationale. Avec l’intelligence artificielle, n’importe qui peut fabriquer en quelques secondes une fausse déclaration du président de la République, avec sa vraie voix, son vrai visage et sa vraie intonation. Le défi du CNC n’est plus de savoir qui a le droit de parler. Le défi est celui de savoir comment le citoyen peut savoir qui dit la vérité.

C’est pour cela que je vois qu’il faut repenser entièrement le CNC en le fondant sur un cadre juridique solide, bien ficelé et adapté à l’heure numérique. Il ne doit plus être le gendarme du vingtième siècle, il doit devenir l’architecte de la confiance du vingt-et-unième siècle.

Ce que je vois être le CNC de demain repose sur une première conviction. Le CNC doit cesser d’être le gardien du canal de l’information pour devenir le gardien de la confiance. Autrefois, le travail du CNC consistait à surveiller le canal de diffusion de l’information, à savoir qui avait le droit d’émettre et sur quelle fréquence. Aujourd’hui, le canal appartient à tout le monde, il s’appelle Internet (YouTube, Facebook, Twitter, sites web etc.) et le CNC ne peut jamais le contrôler. En revanche, il peut labéliser ce qui y circule. Il faut que demain, lorsqu’un Burundais regarde une vidéo sur son téléphone, son premier réflexe soit de se demander si la source est fiable. Il faudra donc créer deux distinctions simples et visibles. La première serait le label Journaliste vérifié, destiné aux professionnels qui respectent l’éthique et la déontologie. La seconde serait le label Source fiable, destiné aux pages et aux créateurs de contenu qui s’engagent à vérifier leurs informations. Le CNC ne doit obliger à personne à obtenir ces labels, mais fait en sorte que ceux qui les possèdent soient mieux protégés, mieux valorisés et plus crédibles aux yeux du public. Le CNC ne doit pas réguler en interdisant, mais en distinguant le vrai du faux.

Détection de fausses vidéos truquées et les campagnes coordonnées de désinformations

Ma deuxième conviction est que le CNC doit combattre l’intelligence artificielle par l’intelligence humaine accrue. L’intelligence artificielle est à la fois notre plus grande menace et notre meilleur outil. Elle est une menace car elle permet de fabriquer le faux à une échelle industrielle. Une rumeur qui prenait deux jours pour se propager dans tout le pays prend aujourd’hui quelque heures grâce à des robots automatisés. Mais, elle est aussi un outil formidable car elle est seule capable de détecter les fausses informations à la même vitesse. Le CNC ne peut pas rester avec des ciseaux et de la colle à l’heure de l’intelligence artificielle. Il doit se doter d’une petite cellule de veille composée d’ingénieurs burundais. Leur mission ne sera pas de surveiller les opinions publiques, mais de surveiller les mensonges qui menacent la paix sociale. Ils auront pour tâcher de détecter les fausses vidéos truquées, les campagnes coordonnées de désinformation et les discours de haine, et de publier immédiatement un démenti vérifiable et accessible à tous. Nous devons apprendre à être plus rapide que le mensonge.

Ma troisième conviction est que le CNC doit lui-même devenir une entreprise technologique. Comment peut-il demander aux médias de se moderniser si lui-même reste archaïque dans ses méthodes de travail au quotidien. Aujourd’hui cette grande institution n’a même pas un site web accessible. Pour obtenir une accréditation de journaliste étranger, il faut déposer un dossier en papier, attendre des semaines et se déplacer physiquement à Bujumbura. Cette procédure n’a plus aucun sens pour une génération qui peut désormais ouvrir un compte bancaire depuis son téléphone. Je vois un CNC digital et transparent. Un CNC où l’on peut signaler un abus par un simple message. Un CNC qui publie toutes ses décisions dans une archive ouverte et accessible à tous les citoyens. La transparence est la forme le plus moderne et la plus efficace de la régulation des médias. Quand tout est public est traçable, il n’y a plus de place pour l’arbitraire ni pour le soupçon.

En définitive, le CNC n’est plus un organe public qui punit, mais celui qui protège. Il doit protéger le journaliste professionnel contre la concurrence déloyale des fausses informations. Il doit protéger l’artiste contre les voleurs de ses œuvres. Il doit protéger le citoyen contre la manipulation et la haine. Il doit protéger la paix sociale contre ceux qui voudraient utiliser la technologie pour diviser les Burundais. Le monde, la communication, le Burundi ont tous changé. Le CNC va changer avec eux. Le mandat du CNC ne doit pas être de la censure, mais plutôt celui de la confiance.