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Rémy Havyarimana : « Le fossé digital burundais se présente comme une véritable barrière au développement du pays »

Rémy Havyarimana, Représentant Légal de MAISON LUEUR D'ESPOIR, la MAISON

En bref ::::: In a nutshell

Le gouvernement a la lourde responsabilité de mettre en place une politique sectorielle claire pour désenclaver le Burundi qui marche à pas de tortue dans l'évolution du secteur des télécommunications aujourd'hui porteur de croissance économique dans le contexte de l'économie numérique.

La majorité des Burundais ne comprennent pas l’importance des TIC et Internet mais compte tenu de l’évolution technologique qui est en train de changer irréversiblement le mode de vie des peuples, ils ont l’obligation de s’adapter et adopter ces outils de communication. Le fossé numérique burundais se présente comme une véritable barrière au développement du pays. Ce qu’il faut comprendre est que les TIC et Internet sont des éléments sans lesquels le pays ne peut en aucun cas se développer. Le manque de connexion du pays ne fait que coûter cher aux citoyens burundais qui aspirent se développer. Et le gouvernement a la lourde responsabilité de mettre en place une politique claire pour désenclaver le Burundi qui marche à pas de tortue dans l’évolution du secteur des télécommunications qui est porteur de croissance économique dans le contexte de l’économie numérique. L’invité de TIC-ACTUALIES, Rémy Havyarimana nous a fait le point dans le décryptage de l’économie numérique basée sur les TIC et Internet pour susciter les esprits à l’adoption de ces outils d’importance inestimable dans le contexte du Tout Numérique. Suivez son interview nous accordée, le 12 septembre 2024 à Bujumbura.

TIC-ACTUALITES : Monsieur Rémy Havyarimana, vous êtes l’invité de TIC-ACTUALITES pour la première fois. Pourriez-vous décliner votre identité à nos lecteuvrs ?

Rémy HAVVARIMANA: Je réponds au nom de Rémy Havyarimana comme vous venez de le dire. Je travaille avec la MAISON LUEUR D’ESPOIR, la MAISON, une organisation de la société civile de droit burundais. Nous travaillons dans le secteur de la paix et réconciliation en faveur des décideurs. Nous échangeons autour des questions de l’heure avec un service de médiation mais nous entrons aussi dans le secteur de développement communautaire.

Nous travaillons avec la population à la base où nous encadrons la population dans les activités génératrices de revenus pour que celle-ci soit à mesure de pouvoir subvenir à ses besoins. Troisièmement c’est le secteur de santé et nutrition, une suite au deuxième département où la population se rend compte qu’elle a besoin de couvrir des soins de santé mais comme ils n’en ont pas toujours les moyens, ils préfèrent se mettre ensemble pour se couvrir mutuellement sous forme d’assurance communautaire. Donc nous travaillons dans cette situation là et nous sommes super  contents des résultats.

TIC-ACTUALITES : Monsieur Havyarimana, le contexte actuel est marqué par l’utilisation intensive de l’information dans les organisations comme la vôtre. Et les outils qui facilitent la circulation de cette information sont les TIC. Est-ce une réalité pour vous ? Témoignez-nous un peu.

Rémy Havyarimana : Bien sûr nous sommes très concernés. Nous utilisons les TIC et j’illustrerais cela par une formation que nous avons commencée il y a un certain temps. Dans mon introduction du document de travail, je me suis retrouvé en train de dire « comme le monde est de plus en plus anglophone, le monde s’informatise aussi ». C’est-à-dire qu’en réalité, aujourd’hui vous ne pouvez pas être une personnalité internationale et ne pas utiliser l’Anglais mais c’est encore une fois impossible d’être une personnalité internationale et ne pas utiliser l’Internet. L’utilisation de l’Internet impliquant tout le matériel qui est nécessaire et une certaine maîtrise de l’utilisation de ce matériel et finalement faire en sorte que la communication soit ce qu’il faut.

Aujourd’hui ça serait se tromper si par exemple un commerçant sérieux paye le ticket pour s’approvisionner en marchandises à Doubaï sans savoir ce qu’il va y acheter. Il doit d’abord utiliser l’internet pour visualiser les produits qu’il va y acheter, discuter des coûts et se rassurer finalement que tout est en ordre. Alors, il part avec une assurance élevée et des fois, il peut même ne pas y aller, juste faire la commande, payer numériquement, envoyer l’argent numériquement et finalement on lui transporte le produit qui lui parvient n’étant pas obligé de se déplacer. Donc la communication avec l’Internet est un outil incontournable actuellement. Là je parle des commerçants mais c’est aussi notre cas au niveau de nos organisations. Nos partenaires sont à l’étranger. On n’est plus à l’époque où le partenaire doit être sur le terrain, doit venir tout le temps ; non maintenant vous pouvez organiser des téléconférences, vous pouvez visualiser des activités sans que le partenaire se déplace vers vous. Vous pouvez échanger les documents, vous envoyer de l’argent sans vous déplacer. Donc, aujourd’hui, je crois qu’il est quasi impossible de vivre sans l’utilisation des TIC et Internet.

TIC-ACTUALITES : Les TIC influencent l’organisation et la dynamique des sociétés. Ils sont donc une nécessité sociale. Pensez-vous que les Burundais comprennent cette réalité ?

Rémy Havyarimana : La majorité des Burundais n’en comprennent pas encore la portée. Mais malheureusement, compte tenu de la situation, ils sont obligés, tant bien que mal, de s’adapter parce que ce sont de ces éléments là sans lesquels vous ne pouvez pas évoluer. Aujourd’hui, un parent qui est pauvre, qui est dans un coin à l’intérieur du pays, qui a un enfant ou un cousin qui est à Bujumbura ou à l’étranger ; ne doit plus écrire de longues lettres qui passent tout ce long temps dans les bus, dans les avions pour atteindre la destination. C’est question de dire au  fils ou à la fille de tel qui a un téléphone, je voudrais parler à mon neveu, mon fils, ma fille, ma parenté nous allons nous fixer l’heure d’échanger. Donc la personne qui n’a pas encore des outils TIC est obligée d’en emprunter pour pouvoir être à la page parce que c’est impossible de vivre sans ces outils.

Donc il y a une bonne partie de la population burundaise qui n’a pas encore de ces outils mais qui est obligée d’en utiliser parce que pour prendre rendez-vous avec le médecin aujourd’hui, très peu se hasarde de descendre à Bujumbura sans être sûre que le rendez-vous a été pris et cela se fait par le téléphone. Même prendre le bus des agences ça se fait grâce au téléphone pour connaître à quelle heure vous allez embarquer. En peu de mots, aujourd’hui, même le peu de gens qui n’est pas encore à la page est obligé de suivre parce que la situation les y oblige.  Là alors c’est probablement cette politique volontariste du gouvernement qui devrait aller pour un peu équilibrer les choses mais dans tous les cas on ne peut pas  ne pas utiliser les TIC.

TIC-ACTUALITES : Les services des gouvernements aux citoyens, les marchés des produits de tout genre sont de plus en plus digitalisés et s’obtiennent sur la toile. Les outils qui facilitent l’accès à ces services sont les TIC. Et le Burundi emboîte le pas avec la digitalisation des services publics. Comment appréciez-vous la réussite de ce projet compte tenu des écarts remarquables dans la compréhension et la maîtrise des TIC au Burundi ?

Rémy Havyarimana : C’est un super bon projet. Seulement je m’inquiète quant à l’efficience de sa mise en œuvre. Parce que voyez-vous la connectivité est un élément important même dans la sécurisation du pays. Aujourd’hui nous connaissons des mariages qui se font par des personnes par exemple qui viennent de Makamba et qui sont connues à Muyinga comme des célibataires et qui se marient pour la deuxième fois.  Et cela ne se découvrira que tardivement.  Mais s’il y avait une bonne connectivité au niveau du ministère de l’intérieur et par conséquent au niveau des communes, la personne qui s’enregistre par tricherie serait directement  démasquée. Mais aujourd’hui la question qui se pose est de savoir si on veut vraiment digitaliser les informations alors que nous connaissons des communes qui, non seulement  n’ont pas encore d’ordinateurs mais n’ont même pas d’électricité. Vous comprendrez  donc qu’il y a tout un investissement connexe qui devrait avoir été pensé  mais qui ne l’a pas encore été ou tout au moins à ma connaissance qui n’est pas encore mis en œuvre. Alors faudrait-il qu’il y ait une sorte de programme de formation assez renforcée dans l’utilisation des outils de communication.

Mais lorsque vous voulez digitaliser le pays avec les coûts colossaux qui vont avec sans avoir formés les agents communaux qui vont utiliser ces appareils, sans avoir donné du courant à ces centres semi-urbains, vous comprendrez qu’il y a une certaine contradiction. Je crois donc  d’emblée que le projet est louable, il est même super important mais il y a des préalables qui n’ont pas encore été touchés.

Je serais très heureux d’entendre qu’effectivement les tentatives qui ont été faites pour installer la fibre optique, je ne sais pas où on en est, je vois les signaux que ça été fait mais est-ce qu’on en a exploité ? La téléphonie fixe de l’ONATEL qui était employée dans le temps mais on ne sait plus ce qui se fait avec ce service. Vous comprenez donc que c’est important de communiquer mais c’est important aussi qu’il y ait une politique claire du gouvernement qui aille dans le sens de faire en sorte qu’il y ait cet équilibre entre les utilisateurs, les investissements par rapport aux besoins.

TIC-ACTUALITES : Les TIC restent un facteur décisif de développement du pays. Avez-vous des propositions concrètes pour améliorer la situation de connectivité  au Burundi.

Rémy Havyarimana : Je ne suis pas du gouvernement mais je vois ce que d’autres gouvernements font. Il y a des services que plusieurs qualifient de gratuité mais qui sont super importants pour la population mais aussi pour le développement du pays. Vous allez dans des aéroports internationaux, la connectivité est là en débit très appréciable. Mais vous descendez sur Bujumbura à l’aéroport international, Melchior NDADADAYE il vous faut un code pour pouvoir vous connecter et il vous faut quelqu’un pour vous donner ce code. Et lorsque vous vous adressez à celui-là, il vous répond qu’il n’a pas l’autorisation de donner ce code. Alors si l’aéroport international qui reçoit tous les voyageurs qui viennent n’est pas connecté, vous allez m’expliquer combien le gouvernement est décidé de digitaliser le pays lorsque même celui qui vient ne peut pas se connecter facilement à l’aéroport. Ça c’est la première chose.

La deuxième chose, dans le temps nous avons connu une coupure gravissime parce qu’il y a eu un problème de câble qui nous relie avec les autres pays. Alors le problème de services publics, vous êtes seulement pénalisés lorsque le problème est de votre côté mais nous n’avons pas encore de cadre de réclamation parce que s’il y a coupure d’électricité et que les antennes qui servent à la connexion des réseaux sont coupées, tout ce temps vous ne savez pas à qui s’adresser et personne ne réclame. Mais il suffit que vous ne payez pas l’électricité, la coupure est automatique parce que ça c’est au moins digitalisé.

Vous comprenez donc qu’il n’y a pas encore un esprit parental lorsqu’il faut vulgariser les services publics. Je m’informais dernièrement sur le débit de l’internet de notre pays, à la Tanzanie on dit : « vous ne consommez que 3% de ce qui devrait vous venir » alors où est le problème. Est-ce parce que les citoyens burundais ne sont pas à mesure de payer  les 100% pour qu’on ait l’internet quand on veut où on veut et comme on veut ? Est-ce parce que BBS, parait-il qu’il a eu ce marché ne connaît pas encore de demandes. Vous  voulez une demande lorsque vous n’offrez pas encore, la demande est créée par l’offre et vice-versa. Offrez d’abord les services, publiez pour qu’il y ait une certaine volonté de consommer l’internet et puis montez des prix si vous voulez.

Mais que des utilisateurs qui sont à mesure de consommer ne manquent pas le produit à cause des questions qui n’ont pas de réponse. Les lois entre les pays sont claires. Le câble qui devrait nous fournir se bloque sur la frontière burundaise. A qui l’erreur ? Alors je crois donc à ce niveau, le gouvernement devrait être, comment dire prendre au mot son qualificatif lorsqu’on dit « Reta Mvyeyi », je ne sais pas comment le traduire en Français mais c’est pour dire cet esprit parental qui caractérise le gouvernement devrait s’établir à ce niveau.

C’est dommage que vous vouliez télécharger un document et que cela vous tienne dix minutes et au moment où vous alliez avoir 90% de téléchargement il y a coupure et vous revenez à zéro et lorsque vous revenez à zéro vous n’êtes plus connecté. Mais le partenaire attend votre réaction. Donc nous sommes très pauvres parce que plusieurs décideurs sont pauvres techniquement et ne sont pas au niveau qu’il faut dans les TIC et lorsque ces gens ne sont pas intéressés et convaincus alors que c’est eux qui doivent mobiliser le reste, vous comprendrez que nous sommes assez en arrière et là je peux le dire vraiment que la balle est du côté du gouvernement.

TIC-ACTUALITES : Quels conseils donneriez-vous aux décideurs politiques burundais pour réussir l’économie numérique ?

Rémy HAVVARIMANA : Je vais d’abord m’adresser au parti au pouvoir. C’est lui qui est responsable de ce qui se passe mais c’est lui aussi qui a besoin d’adhérents. Alors s’il fait face au chômage, que les experts lui expliquent combien d’emplois qui pourraient être créés par la connectivité. Aujourd’hui les coûts qui sont donnés par les experts dans le secteur à cause des publications que l’on fait parce qu’on a l’internet qu’il faut, c’est beaucoup d’argent. Et ces jeunes pourraient justement se créer de l’emploi dans ce sens. Ils adhéreraient massivement au parti au pouvoir. Si j’étais responsable de ce parti je le ferais ainsi. Et l’adhésion part de la satisfaction.

Qu’est-ce qui manque pour faire ça ? Pourquoi les responsables sectoriels ne mettraient-ils pas une période de gratuité d’internet, créer l’engouement à la consommation à grande échelle afin qu’à un certain moment ils entrent en discussion avec les consommateurs ?  Ils monteraient de coût pour que ceux qui sont habitués à consommer montent leurs coûts parce qu’ils auront déjà créé le pouvoir d’achat. Aujourd’hui c’est dommage de vouloir avoir accès à un produit même avec l’argent sans pouvoir le trouver. Là c’est un problème très sérieux. C’est pourquoi je me dits que les experts devraient avoir leur place pour qu’ils conseillent les décideurs afin qu’ils prennent des décisions sages et stratégiques. Et cela nous manque cruellement.

Deuxièmement c’est de se comparer aux autres. Un enfant à l’école, le fait de se dire qu’il est le troisième crée une certaine jalousie en lui de dire pourquoi je ne serais pas le premier. Alors le Burundi qui est attaqué de toute part par les adversaires, si les autorités créaient les connectivités qu’il faut et que les jeunes membres du parti politique au pouvoir qui sont majoritaires, dit-on, avaient cette liberté de dire du bien de leur pays ; ils sont majoritaires. La tendance changerait tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Mais faudrait-il que ces jeunes aient les possibilités de vendre le positif à l’extérieur. Malheureusement, comment voulez-vous que ces jeunes multiplient la positivité à l’extérieur lorsqu’ils n’ont pas suffisamment d’internet, lorsqu’ils ont débit insuffisant, pour ne pas dire honteux ? Le travail se situe d’abord au niveau de la volonté politique, il faut que les décideurs sachent qu’on ne saurait plus isoler un pays. Aujourd’hui au 21ème siècle le Burundi comme tout autre pays doit être dans les Nations. Un jeune vient passer deux mois de vacances ici, deux mois à Nairobi, trois mois à Bruxelles etc. Cette connaissance de découverte des autres endroits fait pression sur le pays. L’autorité qui ne suit pas risque de se retrouver dépassé et si l’autorité est dépassée elle risque d’être sanctionnée lors des élections.

TIC-ACTUALITES : Le Centre burundais d’expertise en TIC contribue dans le développement de l’économie numérique. Sa mission est de faciliter l’accès à et la participation dans l’économie numérique à travers ses sept champs d’interventions que vous avez certainement déjà suivis sur le https://www.cbetic.tech . Votre commentaire.

Rémy Havyarimana : D’abord je dois féliciter grandement le Centre parce que c’est un des centres qui pensent demain. C’est très dommage que plusieurs centres burundais continuent à travailler dans le traditionnel. C’est impossible que le pays se développe lorsque le chauffeur ne fait que regarder dans le rétroviseur. Faudrait-il que vous regardiez devant et ne consulter le retro que lorsque, soit vous avez entendu un clackson ou vous pensez pouvoir dépasser mais le rétroviseur est une référence pour quelqu’un qui a une allure. Mais si vous ne regardez que le rétroviseur alors que vous êtes chauffeur dans quelques munîtes vous cognez. 

Alors votre Centre est en train de contribuer positivement parce, d’abord lorsque vous allez sur les rues de Bujumbura vous voyez ces jeunes habillés de gilets jaunâtres qui montrent l’existence des réseaux de communication qui sont en train de contribuer à créer de l’emploi mais la question est là, c’est que si effectivement le système bancaire ne suit pas correctement pour que ces gens sachent envoyer et recevoir de l’argent librement et que cela alimente les coins les plus reculés de Bujumbura, c’est un problème très sérieux. Mais votre Centre contribue dans le sens de former ces gens afin que la connectivité monétaire entre en jeu avec le minimum de sécurité. Imaginez-vous si votre Centre arrivait à faire son travail jusqu’à ce que le paiement, dans les boutiques, sur les marchés et ailleurs soit fait électroniquement. Il y aurait une nette réduction de vol. Malheureusement le pays fait face toujours à la problématique de connectivité qui ne permet pas aisément d’accéder à ces services numériques.

TIC-ACTUALITES : Je vous remercie Monsieur Remy de votre interview

Rémy Havyarimana: C’est moi plutôt qui vous remercie.