Dans une interview accordée dernièrement à Connecting Africa, l’expert en politiques de développement des Technologies de l’information et de la communication (TIC) et fondateur de CBETIC, Nathan Ntahondi s’est exprimé longuement sur l’usage de Gasape Chat pour les interactions avec la population, décidé par la présidence de la République du Burundi. A la question de savoir sa lecture sur cette décision, Nathan s’est exprimé en ces termes : « La décision de la présidence de la République du Burundi d’utiliser Gasape Chat pour ses interactions avec la population peut être considérée comme un pas important vers la promotion de l’innovation locale et le renforcement de la souveraineté numérique. Je trouve que cette orientation s’inscrit dans une dynamique déjà observée lorsque le président burundais, Evariste Ndayishimiye avait exprimé son soutien au propriétaire de cette plateforme, Saxe Perry Gateka et encouragé sa promotion auprès du public ».
Pour lui, cette décision envoie un message fort aux jeunes innovateurs du pays : les solutions technologiques conçues localement peuvent bénéficier de la confiance des plus hautes institutions de l’Etat. Elle peut également stimuler l’écosystème numérique national en encourageant d’autres entrepreneurs à développer des solutions adaptées aux réalités burundaises. En outre, l’utilisation d’une plateforme locale peut contribuer à renforcer l’inclusion numérique grâce à l’intégration des langues et des contextes socioculturels du pays, a-t-il souligné.
Toutefois, a-t-il dit, le soutien institutionnel doit s’accompagner d’exigences élevées en matière de sécurité informatique, de protection des données personnelles et de fiabilité technique afin de garantir la confiance des citoyens.
S’agissant de la question sur ce que devraient faire les instances juridiques face au manque de loi régulant spécifiquement les réseaux sociaux, Nathan Ntahondi a montré que l’évolution rapide des technologies numériques impose aux instances juridiques de rester constamment à jour afin d’encadrer les nouveaux usages sans freiner l’innovation. Pour lui, face à la montée en puissance des réseaux sociaux et des plateformes numériques, il devient essentiel de mettre en place un cadre réglementaire moderne capable de protéger les citoyens tout en favorisant le développement du secteur numérique.
En outre, Nathan a conseillé que les autorités compétentes concernées devraient travailler à l’élaboration ou à l’actualisation des textes légaux portant sur la protection des données personnelles, la responsabilité des plateformes, la lutte contre la cybercriminalité ainsi que la prévention de la désinformation. Elles devraient également veiller à préserver les libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et l’accès à l’information.
Il a recommandé qu’une réglementation efficace devrait être élaborée en concertation avec les juristes, les experts en technologies, la société civile, les médias et les acteurs du secteur privé. Cette approche participative permettrait de produire des textes adaptés aux réalités technologiques actuelles et aux besoins du pays.
A la préoccupation sur les problèmes qui peuvent surgir lors de l’utilisation des plateformes comme Gasape Chat et leur prévention, Nathan Ntahondi a dit qu’il va falloir une utilisation rationnelle. « Comme toute plateforme numérique, Gasape Chat peut être confrontée à différents défis. Le premier concerne la propagation de fausses informations et de rumeurs, qui peuvent circuler rapidement et influencer négativement l’opinion publique. Pour y faire face, il est nécessaire de renforcer l’éducation aux médias, d’encourager la vérification des faits et de mettre en place des mécanismes de signalement des contenus trompeurs ».
Un autre risque important qu’il a souligné est lié à la protection de la vie privée. Pour lui, les utilisateurs peuvent être exposés à des violations de leurs données personnelles si des mesures de sécurité suffisantes ne sont pas appliquées. « La mise en œuvre de systèmes robustes de protection des données, de chiffrement des communications et de contrôle des accès constitue une réponse essentielle à ce problème », a insisté Nathan
Cet expert en politiques de développement des TIC a indiqué que les plateformes numériques peuvent également devenir des cibles de cyberattaques, d’usurpation d’identité ou d’escroqueries en ligne. Pour lui, La sensibilisation des utilisateurs, l’authentification renforcée des comptes et la surveillance continue des activités suspectes peuvent contribuer à limiter ces risques.
Il a souligné que les phénomènes comme le harcèlement en ligne, les discours haineux ou les abus verbaux peuvent nuire à la qualité des échanges. Pour les contrer, dit-il, il est indispensable d’établir des règles d’utilisation claires, de mettre en place une modération efficace et d’appliquer des sanctions appropriées aux contrevenants.
Selon toujours Nathan, le succès d’une plateforme comme Gasape Chat dépendra non seulement de son adoption par les institutions et les citoyens, mais aussi de sa capacité à garantir la sécurité, la confiance et le respect des droits des utilisateurs. Pour lui, une gouvernance responsable ainsi qu’un cadre juridique adapté seront des éléments déterminants pour accompagner durablement son développement.
Source: Connecting Africa – Pan-African Tech and Telecoms News